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Des valeurs pour construire une économie solidaire


ou comment développer une « chaîne de valeurs »
par Benjamin Quiñones Jr.

L’économie solidaire repose pour beaucoup sur l’intégration de sa culture et ses valeurs par les uns et les autres. Le réseau Économie solidaire a mené des débats en petits groupes, qui ont révélé 4 étapes de formation de ces valeurs…

Photo : Construction d’une vision partagée à Welfareville, Mandaluyong City, Philippines


Le programme de développement d’une chaîne de valeurs de la Eagle’s Wings Foundation a adopté une approche normative à une réflexion appelée la « culture de la responsabilité, la réciprocité sociale et la solidarité ». Cette approche cherche à répondre à la question : Quelles valeurs adopte-t-on quand on s’embarque sur un processus de construction d’une économie solidaire (ES) ?

Les résultats de plusieurs débats menés en petits groupes entre pairs ont révélé 4 étapes de formation des valeurs.

À la première étape, on participe à la nouvelle initiative appelée l’« économie solidaire » dans le but de rechercher de nouveaux gains privés. L’attitude vis-à-vis de ce nouveau paradigme économique est résumée par la question intéressée : « Qu’est-ce que cela me rapporte ? » On se voit comme « bénéficiaire » qui attend des avantages nouveaux et rapides que l’on pourrait obtenir d’une nouvelle initiative économique. On n’adhère pas à l’ES pour son plaidoyer de triples résultats (les êtres humains, la planète, les bénéfices), l’inclusion sociale ou le fait qu’elle soit une alternative à l’économie échouée du « marché libre ». Le défi le plus grand de cette étape est de transformer la mentalité et la mener à un niveau opérationnel supérieur. Il est important à ce stade de motiver les gens à former leur capital social et à construire une vision partagée.

La deuxième étape est celle où les parties prenantes de l’ES commencent à comprendre qu’elles ont la capacité de participer à un échange de transactions. Elles dépassent leur mentalité de « bénéficiaire » ou de distribution charitable et se voient comme des producteurs de biens ou de services qu’elles peuvent échanger contre des choses dont elles ont besoin. Elles se rendent compte que forger des alliances avec d’autres groupes / organisations d’auto-assistance (GAA/OAA) permet de générer de nouvelles sources de revenu à travers des échanges sociaux et économiques avec d’autres GAA/OAA.

Pour passer à la deuxième étape, il faut transformer cette mentalité, qui est surtout une mentalité de subsistance, de nature consumériste, en une mentalité entrepreneuriale. Mais même à cette étape, on n’abandonne pas facilement ses motifs égoïstes. Au contraire, des motifs intéressés incitent à tricher afin de conserver l’avantage sur les autres. Il faut se situer dans un contexte plus grand et se rendre compte qu’en adoptant des pratiques équitables, le système dans son ensemble minimise le risque de mauvaises pratiques et crée une atmosphère d’entreprise plus favorable, de confiance entre les parties prenantes.

La troisième étape est celle où les parties prenantes de l’ES ont atteint un niveau d’autonomisation tel, qu’elles sont davantage motivées à contribuer une partie de leur pouvoir d’achat pour soutenir un effort collectif. Elles deviennent des donneurs altruistes qui n’attendent pas en retour des bénéfices réciproques. Mais leur comportement altruiste reste limité à un cercle restreint (par exemple, la famille, une association ou un club local, une église ou groupe de pairs) avec qui elles ont travaillé pour construire un capital social durable. Le défi le plus grand à ce stade est de transformer cette mentalité ethnocentrique en une qui est plus mondiale dans sa perspective et qui comprend la compassion pour ceux et celles situés en dehors de leur cercle social immédiat.

La quatrième étape et la plus idéale est celle où les parties prenantes de l’ES deviennent des « donneurs en série ». Elles deviennent des promoteurs d’ES et font office de modèles pour d’autres groupes qui sont encore à des niveaux inférieurs de responsabilité sociale, de réciprocité et de solidarité. Le défi le plus grand à ce stade est de mobiliser l’énergie des promoteurs volontaires pour forger un réseau d’alliances aux niveaux local, national et international.

Date de publication: 13 janvier 2011
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